Espoir en l’humain

Depuis mai dernier, j’ai produit des articles et donné quelques entrevues concernant la situation des pitbulls au Québec. C’était mon devoir, comme éducateur canin, de combattre le racisme et d’offrir des pistes de solution pour répondre aux vœux des gens qui souhaitent être en sécurité en présence des chiens. Cela dit, j’avoue que j’étais un peu découragé de cette situation, de ce racisme encore présent dans notre société dite évoluée. Inquiet aussi parce que les premiers messages envoyés par nos politiciens et par les journalistes me faisaient craindre le pire pour la sécurité des gens : « bannissons encore plus de chiens, les gens seront ainsi plus en sécurité »… Bref, je faisais le constat que nos émotions géraient encore la question des morsures au Québec au lieu de laisser les faits, les études et les experts s’exprimer et ainsi permettre de trouver des solutions efficaces et respectueuses pour tous, humains et chiens.

Depuis, les choses ont changé. Les véritables spécialistes en comportement canin se sont fait entendre. Et nous retrouvons au Québec plusieurs excellents éducateurs canins, formés en renforcement positif, des éducateurs qui adhèrent à un code d’éthique qui respecte le chien. Ces éducateurs ont pu se faire entendre par plusieurs municipalités. Des règlements ont été modifiés grâce à ces interventions pertinentes. Les médias ont aussi donné la parole à ces spécialistes.

L’Ordre des médecins vétérinaires du Québec a produit un premier rapport au Ministère de la sécurité publique dans lequel il suggère de faire appel au Regroupement Québécois des Intervenants en Éducation Canine pour son expertise en comportement canin (http://www.rqiec.com/).

Après une première vague anti-pitbull présente chez plusieurs médias, certains journalistes ont choisi de se documenter avant de prendre position sur le bannissement des pitbulls. Ces recherches ont donné une position basée sur des faits et non pas sur des anecdotes personnelles, et de cette réflexion journalistique est né un appui supplémentaire contre le bannissement racial et pour une responsabilisation des gardiens.

Un mouvement citoyen s’exprime un peu partout en province. Des marches se tiennent chaque fin de semaine pour exprimer aux élus le refus de la population de voir confier sa sécurité à des mesures raciales et ayant prouvé depuis des décennies leur inefficacité. Les gens sont mieux informés, les perceptions changent et c’est pour le mieux.

La SCPA de Montréal, dans un geste qui l’honore et qui s’inscrit pleinement dans sa mission, s’oppose au règlement de Montréal voulant bannir les pitbulls et possiblement d’autres races.

Des avocats offrent leur support à ceux visés par le bannissement de leur chien.

Tous ces appuis, toutes ces prises de position en faveur de la responsabilisation des gardiens et contre le bannissement racial, c’est du jamais vu. Le Québec n’en est pas à ses premiers bannissements canins, et pourtant jamais un mouvement d’une telle envergure n’a été constaté.

À Sept-Îles, où je travaille en comportement canin, les choses sont plus difficiles. Depuis 2005 les pitbulls et tout ce qui y ressemble de près ou de loin sont interdits. Cela dit, jusqu’aux incidents tragiques du printemps, les pitbulls y étaient relativement bien tolérés. Depuis, la tolérance est tombée à zéro. Des gens quittent la ville avec leur chien pour éviter de le voir saisir par la SPCA. D’autres placent des annonces pour les donner ou les vendre. Des gens reçoivent des préavis de 60 jours pour l’expulsion de leur chien. La chasse aux sorcières est lancée! Pourtant, un comité formé par la ville de Sept-Îles a recommandé en 2015 de ne PAS faire de bannissement racial. Recommandation rejetée.

En 2005 le bannissement des pitbulls à Sept-Îles a été voté suite à une morsure d’un pitbull sur une jeune fille. Quand j’ai demandé au conseiller municipal responsable de la SPCA sur quoi le conseil municipal s’était basé pour adopter ce règlement, il m’a répondu qu’il avait téléphoné à la ville voisine (Port-Cartier), que cette dernière bannissait le pitbull et qu’il suivait l’exemple.

Plusieurs gardiens de Sept-Îles ont choisi de s’opposer à ce règlement. Un jeune couple a pris en charge les choses et se propose de faire entendre sa voix, et celle de tous ceux qui pensent que le bannissement racial n’est pas une solution, aux élus municipaux. Ces derniers doivent écouter, doivent s’informer et comprendre que si leur objectif d’assurer la sécurité des citoyens de Sept-Îles est partagé par tous, y compris par les gardiens de pitbulls, les moyens qu’ils choisissent ne sont nullement adéquats, ni respectueux des gardiens et des chiens. De plus en plus de villes donnent le bon exemple, espérons que Sept-Îles suivra.

Des incidents tragiques ont relancé le débat de la sécurité des gens en présence des chiens. Ces blessures, cette mort n’auraient pas dû survenir. Nous avons l’opportunité maintenant de faire en sorte que ces incidents diminuent le plus possible. Nous avons les informations et les connaissances nécessaires pour changer les choses pour le mieux. Nous avons le devoir de changer les choses pour le mieux.

Stéfan Marchand est tombé amoureux des chiens dans le ventre de sa mère. En 1989, son amour des bergers allemands l’amène vers une formation en recherche et sauvetage. Coup de foudre! Il sera maître-chien en RS pendant 15 ans. En 2002 il retourne sur les bancs de l’école Cyno-Do. Il ajoute des ateliers avec Jean Lessard, Jacinthe Bouchard et Patrice Robert. En 2004 L’Ami chien est né. Après 12 années d’enseignement universitaire, Stéfan se retrouve au pays de la neige quasi-éternelle, pays des chiens libres : la Basse-Côte-Nord. Au menu pendant ce séjour de huit années : les écrits de Ian Dunbard, Karen Pryor, Sophia Yin, Jean Donaldson, Patricia McConnel, Jean Lessard, Mark Bekof, Simon Gadbois, Jane Goodall, Roger Abrantes… Beaucoup d’amour et de réconfort dans ces textes. En 2015 une certaine Zuzia Kubika croise son chemin lors d’un atelier à Sept-Îles. Remises en question, échanges enrichissants, une bien belle rencontre. Via les webminars de la Pet Professional Guild Stéfan poursuit sa formation continue en comportement canin. Stéfan Marchand est membre du Regroupement Québécois des Intervenants en Éducation Canine et de la Pet Professional Guild. Sa mission : faciliter les relations entre les humains et les chiens, dans le respect de leur nature et besoins respectifs.

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